Locataire ou propriétaire ?

Culte du 20 décembre sur 2 Samuel 7,1-17

Le texte biblique : ici

La prédication : en pdf

Propriétaire ou locataire ?

Préférer la mobilité et la légèreté d’une tente ou le confort et la solidité d’une maison ?

Provisoire ou permanent ?

C’est un dilemme, en tout cas celui que le roi David prête à Dieu.

David est lui-même bien installé dans une grand et luxueuse maison en bois de cèdre – c’est ce qui se fait de mieux à l’époque comme bois de construction, c’est du haut de gamme.

Dieu s’est occupé de ses ennemis, David est donc tout à fait en sécurité dans sa belle maison, il n’a plus de souci.

Il peut, maintenant que tous ses problèmes sont réglés en grand partie par Dieu, se préoccuper d’un autre que lui-même, justement de Dieu.

Et voilà que David est comme un peu gêné de tout son luxe et de tout son bonheur alors que le coffre de Dieu, c’est ce que l’on appelle aussi l’arche de l’alliance, habite sous une tente.

L’arche de l’alliance, le coffre de Dieu, c’est ce qui représente la présence de Dieu.

David imagine donc de construire une « vraie » maison pour Dieu, c’est-à-dire le Temple.

Mais Dieu lui répondra, par l’intermédiaire de Nathan, que ce n’est pas lui le roi David qui lui construira sa maison.

Elle sera construite par Salomon à Jérusalem.

C’est à coup sûr une grande frustration pour David qui avait imaginé pouvoir offrir à Dieu ce qu’il y avait de meilleur, de plus grand, de plus solide, de plus coûteux et de plus définitif.

Cette question résonne aussi pour nous : où installons-nous Dieu ?

Voulons-nous nous aussi l’installer dans une maison ? Dans un temple ?

Il faut dire que c’est très pratique, cela permet de décider très clairement où est Dieu.

Entre les quatre murs du temple et pas au-delà.

Si possible on ferme la porte du temple à clef pour être sûr que Dieu ne craigne aucune irruption indésirable qui pourrait le déranger.

Il faut qu’il soit bien protégé.

Cela nous permet aussi de parfaitement circonscrire le lieu et le temps que nous consacrons à Dieu.

Il y a certainement de ça chez David qui préférerait que chacun soit chez soi et que Dieu n’empiète pas trop sur son autorité et sa vie de roi.

Alors posons-nous la question, quelle place fait-on à Dieu dans notre vie ?

Est-ce qu’il y a dans notre vie des compartiments étanches dans lesquels Dieu ne peut pas pénétrer ?

Est-ce qu’il y a dans notre vie des murs et des portes qui gardent Dieu bien à l’abri ?

Bien à l’abri de quoi ? De nous ?

Avons-nous réussi à isoler tout ce qui concerne Dieu dans un espace clôt et immuable ?

Et pourtant quand Dieu parle de lui-même dans ce passage, il dit trois fois qu’il se déplace :

« Depuis le jour où j’ai fait monter d’Égypte les Israélites, je me suis déplacé avec une tente pour demeure »

Puis « Partout où je me suis déplacé avec tous les Israélites »

Et un peu plus loin « Partout où tu es allé, j’ai été avec toi »

Par contre quand il parle du peuple, là il s’agit d’être immobile à un endroit précis :

« je fixerai un lieu à Israël, mon peuple ; je le planterai, pour qu’il demeure »

Enfermer Dieu, dans un temple par exemple, c’est une façon de nous permettre de croire qu’on le maîtrise.

Mais en réalité c’est nous que nous enfermons, dans des illusions de toute puissance.

Dans des illusions de propriétaire qui pourrait disposer de Dieu à sa convenance.

Alors qu’en fait nous ne sommes que locataires des espaces et du temps que Dieu met à notre disposition.

Nous sommes des locataires de passage, dont la seule certitude est que Dieu se déplace avec nous et qu’il est allé jusqu’à se faire humain pour nous le prouver. 

Et là je dois dire que je suis très reconnaissante de la façon dont nous avons réussi pendant ces deux confinements, ces deux premiers confinements, à délocaliser Dieu.

Je veux dire à délocaliser notre représentation de Dieu, et en réalité à vrai dire à nous délocaliser nous-mêmes.

Nous sommes partis, notre tente sous le bras, à l’aventure, dans le grand no man’s land d’internet.

Et nous y avons rencontré notre frère et notre sœur.

Nous avons prié ensemble, lu la Bible ensemble, travaillé pour la comprendre, nous avons créé des liens, nous avons échangé et nous avons même ri.

Je crois que le Christ ressuscité était présent parmi nous dans ces cultes et ces rencontres Zoom.

Dieu n’habite dans aucun temple, dans aucun livre de prières ni aucun recueil de cantiques.

Il est présent à tous.

Présent à tous les moments et tous les endroits de notre vie, si nous voulons bien l’accueillir et lui laisser la place.

Je me demande si David ne voulait pas que Dieu lui soit redevable.

C’est très fort ça, de faire de si belles choses pour Dieu, de lui être si fidèle, si attentionné, si obéissant que c’est lui qui serait notre débiteur !

Même si vous souriez à cette idée saugrenue, je crois qu’elle nous guette tous.

Ce renversement de l’engagement qui perd de vue que Dieu est avant tout le donateur, insaisissable, inaccessible et fugace.

Indiscernable.

Que ce qu’il offre est au-delà de tout don en retour possible.

Et nous sommes les donataires, ceux qui reçoivent, impuissants à maitriser les termes de l’alliance..

Imaginez Marie.

C’est elle qui est enfermée.

Cette jeune fille, coincée dans un village de Palestine, immobilisée par les usages et les codes de son époque, de son milieu et de sa religion.

C’est Dieu qui vient à elle, qui se déplace jusqu’à elle pour la choisir.

Dieu décide de se fixer, de demeurer dans un être humain, Jésus. Il prend racine en quelque sorte dans cet homme.

Mais c’est un homme qui n’aura pas de maison, pas de chez lui, qui ne fera que se déplacer et vivre chez les uns, chez les autres.

Dans la fin de notre passage, Dieu affirme que c’est lui qui fera une maison à David, et non l’inverse comme le souhaitait David.

Chaque fois que nous pensons bien faire, voilà que Dieu renverse nos prévisions !

Cette maison que Dieu va construire pour David, c’est en réalité une maisonnée, au sens de descendance. 

Dieu assurera une descendance à David, c’est-à-dire une ouverture sur l’avenir.

Dieu assure notre postérité. Pas forcément en terme de descendance.

A cette époque de vie courte, de maladies, de famines et de guerres, la descendance est ce qui a le plus de valeur, d’autant que l’individu n’existe pas encore pour lui-même mais comme maillon d’une famille, d’une lignée.

La valeur de chacun est mesurée à sa capacité à tenir sa place dans cette longue chaîne qui se déroule de génération en génération.

La vie ne fait que s’inscrire dans un flot et participer à le rendre puissant et durable.

Quand Dieu dit à David qu’il lui suscitera une descendance, cela veut dire qu’il s’assurera de nous décloisonner, de nous faire traverser la vie portés par l’espérance et non le nez collé contre le mur de la partie de notre vie où nous confinons Dieu.

Dans quelques jours nous fêtons la naissance de cet homme choisi par Dieu pour que nous croyons, que comme il dit à David « partout on nous irons, il viendra avec nous ».

Il préfère être le routard que nous rencontrons au bord des chemins, dans des visages inconnus que nous croisons à la faveur des péripéties pas toujours drôles de la vie.

Inutile donc de chercher à sédentariser Dieu dans une belle demeure qui serait le lieu incontournable de notre commerce avec lui.

À la suite du Christ, chaque homme, chaque femme que nous côtoyons est un lieu pour la rencontre avec Dieu.

Il nous est parfois difficile de nous adapter à ses circonstances changeantes. C’est bien normal.

Et ces temps-ci, on peut dire que tout n’arrête pas de changer et en tout cas que les choses ne semblent pas revenir à la normale.

Prenons, au hasard, les lieux de culte. D’abord fermés, puis ouverts mais sans aucune célébration, puis avec des célébrations de 6, puis 20 personnes, puis 30 personnes, ensuite une personne par 4 puis 6 m², finalement dernière innovation, avant la suivante, il faut laisser les bancs vides une rangée sur deux et laisser deux places vides entre deux personnes ou groupes de personnes de la même famille.

Je crois que des notions de maths et une formation de géomètre deviennent indispensable pour être pasteur et devrait être rajoutées dans le cursus des étudiants !

Donc oui, si aucun nouveau décret ne nous en empêche, nous ferons dans quelques jours des cultes au temple, en nous installant un rang sur deux et une place sur trois. En n’enlevant pas nos masques, en gardant plus d’un mètre de distance entre nous, et en ne nous regroupant pas pour échanger des nouvelles et bavarder.

Oui, cette situation est frustrante comme elle l’était pour David à qui Dieu a refusé le privilège de construire le temple.

Peut-être pour nous aider, nous pourrions imaginer que nous avons notre tente sous le bras, que le lieu ne nous appartient pas, que nous ne sommes que des locataires de passage confiant dans l’appui de Dieu.

Que si le Christ est ressuscité après la croix, il viendra derrière nos masques et dans les places vides.

Malgré cette instabilité et cette fragilité, qui furent celle du Christ, Dieu se révèle à nous.

Amen

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