Chercher le Christ dans une botte de foin

Culte du 25 décembre, prédication sur Luc 2,1-19 par la pasteur Marie-Pierre Cournot :

Ce récit biblique de l’évangile de Luc est emblématique du jour de Noël !

Pourrait-on fêter Noël sans le lire ?

Mais qu’est-ce qui se joue pour nous dans ce récit ?

Bien sûr, nous sommes touchés par l’émouvante histoire de la naissance d’un petit enfant dans une étable !

Et par la fin heureuse, c’est une histoire qui finit bien, très bien même, avec l’annonce par des anges aux bergers que cet enfant est le sauveur, le Messie attendu, c’est à dire le Christ : messie et christ, c’est le même mot, le premier traduit de hébreu, le second traduit du grec.

Noël fait partie des moments, si j’osais je dirais des moment rituels, en tout cas des événements qui reviennent chaque année à date fixe et qui nous rappellent que notre Dieu, ce Dieu inatteignable, inimaginable, au nom imprononçable, s’est fait tout proche de nous, c’est fait l’un de nous.

Il me semble tout de même que Pâques est un événement qui plus encore que Noël nous montre ce que Dieu veut nous dire par l’intermédiaire de Jésus : Dieu nous offre de vivre une vie qui n’est pas entièrement aliénée par le poids de nos limites humaines et la perspective de son issue mortelle.

Jetons un œil au traitement que la Bible réserve à la naissance de Jésus.

Première constatation, la moitié des évangiles, deux sur quatre, ne disent pas un mot de la naissance de Jésus.

En particulier celui de Marc (nous nous avons lu Luc) qui est celui des quatre évangiles qui a été écrit le plus tôt, environ quarante ans après la mort de Jésus, ne dit pas un mot de la naissance de Jésus.

De même, l’évangile de Jean commence également son récit à l’âge adulte de Jésus et ne parle jamais explicitement de sa naissance.

Il nous reste l’évangile de Matthieu, qui raconte bien la naissance de Jésus mais dans un récit beaucoup plus court que Luc, sans étable, sans mangeoire, sans bergers.

Est-ce que la correspondance de l’apôtre Paul nous donnerait plus d’indices ? Elle contient les écrits les plus anciens du Nouveau Testament, certains datent d’une vingtaine d’années seulement après la mort de Jésus.

Mais Paul ne parle quasiment pas de la naissance de Jésus.

Deux passages y font allusion :

Galates 4,4-5 :

« Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l’adoption filiale »

C’est dans un passage où Paul oppose la loi, témoin de l’Ancien Testament, à la foi qui seule peut sauver les êtres humains et en faire des fils et des filles adoptés par Dieu.

La seule chose qu’il nous dit concernant la naissance de Jésus, c’est qu’il est né d’une femme. Rien là de très extraordinaire.

Romains 1,2-4 :

« Cette bonne nouvelle, Dieu l’avait promise par ses prophètes dans les Écritures saintes ; elle concerne son Fils, issu de la descendance de David selon la chair, institué Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, du fait de sa résurrection d’entre les morts. »

Dans une même phrase, Paul résume la vie de Jésus, de sa naissance à sa mort.

Là aussi Paul insiste sur la naissance classique de Jésus par ce « selon la chair » : il est issu de la descendance de David comme chacun est issu, par naissances successives, de la descendance de ces ancêtres.

Ici, ce qui fait que Jésus est Fils de Dieu, c’est sa résurrection d’entre les morts.

À la lumière de ce rapide survol du Nouveau Testament, on peut s’étonner de l’importance qu’a prise, au cours des siècles, la naissance de Jésus et la fête qui va avec, Noël !

Je crois que ce qui compte pour nous, c’est la mangeoire.

On notera que Luc est le seul évangile à préciser que Jésus est né dans une mangeoire et même à raconter que Marie et Joseph n’avait pas trouvé de place dans la salle commune, vraisemblablement destinée aux voyageurs.

Luc insiste particulièrement sur cette mangeoire :

D’abord il précise à propos du nouveau-né « Marie l’emmaillota et l’installa dans une mangeoire »

Plus loin, les anges disent aux bergers « vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire »

et à la fin du récit, « Les bergers trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire ».

En vieux français, une mangeoire ça se disait une crèche et c’est de là qu’est venu le nom de la représentation de cette scène que l’on fait à Noël dans divers matériaux, cette petite maison représentant une étable avec ses légendaires animaux, l’âne et le bœuf.

D’abord grandeur nature et disposée dans les églises, la crèche entre à partir de la révolution dans les maisons en version plus petite, souvent au pied du sapin.

Une mangeoire, c’est le dernier endroit où on irait chercher un nouveau-né !

L’être humain que Dieu a choisi pour venir se faire nôtre, c’est un nouveau-né, non désiré par ses parents, né hors mariage, qui a vu le jour dans une étable et dont le premier lit est fait de paille ou de foin.

Dieu a choisi de faire naître son fils avec les vaches !

Comment pourrait-on imaginer que le Messie annoncé par les prophètes est cet enfant ?

Comment le reconnaître ?

C’est comme chercher un Christ dans une botte de foin !

Je crois qu’il y a dans cette décision de Dieu quelque chose de particulièrement frappant et c’est pour cela que cette scène a pris tant d’importance les siècles passant.

Une naissance, on le sait, c’est toujours risqué, c’est toujours fragile, mais c’est toujours le lieu de toutes les promesses et de toutes les espérances.

Cet enfant, dans son total dénuement, rejeté dès sa naissance du monde des humains, relégué avec les animaux, incarne pour nous un monde où quand on part de rien tout est possible.

Comme cette puissance de vie qui s’impose tout d’un coup, qui jaillit de la vulnérabilité d’un nouveau-né.

Une formidable puissance peut alors se développer.

Ce nouveau-né, ce Christ nous apprendra que la promesse de Dieu prend corps pour nous dans notre façon d’interagir avec les autres humains.

Que c’est dans ces rencontres que se vit une vraie relation avec Dieu et avec son fils, notre Christ.

Alors pouvons-nous reconnaître le Christ dans notre vie ?

Faut-il le chercher comme un Christ dans une botte de foin ?

Pas toujours facile de le reconnaître dans le visage d’autrui.

Et certainement nous préférerions le reconnaitre dans un visage agréable, avenant, voire déjà connu.

Dans une personne de qualité, voire d’influence.

Et pourtant, celui que Dieu a choisi pour s’incarner est un moins que rien.

Si ce récit de Luc a autant marqué les générations qui se sont succédées, c’est justement parce qu’il nous dit que personne ne peut être exclu par Dieu.

Il y a quelques jours, une personne me disait son étonnement d’avoir reçu une carte de vœux de la paroisse, elle me disait : « Si j’ai oublié l’Eglise, je suis heureuse de voir que l’Église, elle, ne m’a pas oubliée ».

Mais ce n’est pas l’Église, ni même la paroisse qui ne l’a pas oubliée.

C’est Dieu et le Christ.

L’Église n’est là que pour faire vivre une parole qu’elle reçoit.

Cette parole qui nous dit que le sauveur de l’humanité n’est rien de plus qu’un bébé né parmi les bêtes, et qu’il est là pour tout le monde, pour vous tous, qui que vous soyez.

Cette fragilité, symbolisée par la mangeoire, c’est la plus grande bonne nouvelle de Noël.

Et particulièrement cette année.

Cette année, bien sûr, Noël n’est pas comme les autres, pas comme d’habitude, pas comme on aurait aimé.

Noël nous rappelle peut-être plus encore que les autres années, que le Christ est à chercher dans une botte de foin et pas dans l’expression de la puissance.

Après une crise que nous avions envisagée ponctuelle au printemps et qui s’est transformée en course de fond, nous éreintant les uns les autres sur plusieurs plans et sans encore aucune visibilité pour l’année à venir, nous sommes vulnérables, parfois blessés, en tout cas fragiles.

L’instabilité de la situation et l’incertitude qu’elle entraîne nous affaiblissent, nous précarisent.

Alors Noël prend tout son sens.

Aujourd’hui Dieu vient vers nous, il vient à notre rencontre dans ce qu’il y a de plus faible et de plus improbable.

Parce que c’est là au creux de notre vulnérabilité que la puissance de Dieu se fait sentir.

Amen

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