Témoins de l’évangile face aux déserts covid Prédication du 21/02

Texte biblique : Marc 1,9-15 :

A cette époque-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Au moment où il sortait de l’eau, il vit le ciel s’ouvrir et l’esprit descendre sur lui comme une colombe. Et une voix se fit entendre du ciel : « Tu es mon fils bien aimé, tu as toute mon approbation. » Aussitôt l’esprit poussa Jésus dans le désert où il passa quarante jours, tenté par satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

Après que Jean eut été arrêté, Jésus alla en Galilée. Il proclamait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et disait : « le moment est arrivé et le royaume de Dieu est proche, changez d’attitude et croyez à la bonne nouvelle ! »

Prédication, par Christophe Binet :

Chaque année, le premier dimanche du temps de Carême, le lectionnaire de l’Église Romaine choisit toujours le récit biblique dit de la « tentation de Jésus au désert », afin d’introduire et d’expliquer les quarante jours du Carême.

Oublions les privations, abstinences, pénitences, ascèses, jeûnes, et autres pratiques traditionnelles du Carême. Elles sont d’autant moins appropriées cette année 2021, que cette longue et grave crise sanitaire covid nous prive déjà de tellement de choses essentielles à notre vie. Nous avons déjà fait preuve de beaucoup de renoncements, et nous faisons face à de véritables déserts engendrés par cette crise :

  • le désert économique, avec la suspension ou la perte d’emploi, et l’augmentation du surendettement et de la précarité;
  • le désert culturel, avec la suspension des activités et évènements culturels;
  • le désert spirituel, avec les restrictions sur les réunions et rassemblements des cultes religieux;
  • le désert social, avec l’affaiblissement des relations sociales, professionnelles, sportives, scolaires, étudiantes, associatives, communautaires, amicales, familiales, affectives; et aussi avec l’absence de contact physique entre personnes, y compris dans le cercle familial;
  • le désert de liberté, avec des restrictions sur les déplacements;
  • un désert gastronomique, avec la fermeture des lieux de pause-café et de restauration;

En résumé, nous sommes actuellement dans une situation de renoncement permanent, obligés de rester cloîtrés dans notre domicile pour travailler, manger, dormir, s’occuper… Face à toutes ces situations de déserts, nous avons vraiment besoin de soutien, de ressourcement et d’inspiration spirituels. Alors revenons au texte de l’Évangile, afin d’y discerner ce que peuvent signifier pour nous aujourd’hui ces quarante jours qui précèdent le dimanche de Pâques, notamment dans cette période de crise sanitaire.

Ce récit dit de la « tentation de Jésus au désert » est raconté dans les trois évangiles synoptiques selon Matthieu, Marc et Luc, mais pas dans celui selon Jean. Autant les évangélistes Matthieu et Luc détaillent les tentations faites à Jésus par le satan ou le diable, respectivement en onze et treize versets, autant l’évangéliste Marc résume simplement le récit en un seul verset.
Vous avez peut-être noté que, contrairement au lectionnaire indiquant les versets 12 à 15, j’ai choisi d’élargir le passage à partir du verset 9. Car dans l’Évangile selon Marc, « le baptême de Jésus » et « la tentation de Jésus » sont si étroitement liés, qu’il ne faut pas les dissocier. En effet, lors du baptême de Jésus, le ciel s’ouvre, l’Esprit descend sur lui, une voix se fait entendre, puis dans le verset 12 « aussitôt l’Esprit le jette dehors dans le désert » lit-on littéralement dans le texte grec. Ainsi c’est le même Esprit qui successivement descend sur Jésus puis qui le jette dans le désert. Il y a donc un lien singulier entre le baptême et le désert.

Justement, dans la bible, le désert (« eremos » en grec) désigne un lieu désolé, inhabité, non cultivé, mais aussi l’état d’une personne : l’abandon, le délaissement, la solitude, l’absence de relations, la privation d’aide et de protection. De fait, les textes bibliques présente plusieurs facettes du désert :

  • Le désert est le lieu du vide, du rien, de l’absence de tout, mais il est aussi un lieu de la présence de Dieu, où les anges servent Jésus après qu’il ait été tenté, mis à l’épreuve.
  • Le désert un lieu qu’on ne peut que traverser, dans lequel on ne peut pas rester, ni s’installer pour y vivre, mais il est aussi un lieu de rassemblement, dans lequel les foules convergent pour écouter Jésus.
  • Le désert est le lieu de la soif et de la faim, de l’absence d’eau et de nourriture, mais il est aussi un lieu où Dieu nourrit ceux qui croient en lui, par la manne répandue, par les pains et poissons multipliés.
  • Le désert est le lieu de la tentation et du face-à-face avec le satan (« satanas » en grec) ou diable (« diabolos » en grec) qui met à l’épreuve, calomnie, accuse, divise, mais il est aussi un lieu du baptême, où Jean baptise ses disciples et Jésus.
  • Le désert est un lieu de la proclamation de la parole de Dieu, où elle est prêchée et même criée, mais il est aussi le lieu de la solitude, où Jésus se met à l’écart de la ville ou en retrait de la foule, afin de se retrouver seul avec soi-même ou avec ses disciples, pour méditer et prier.

Ce sont toutes ces facettes bibliques du désert que nous pouvons intégrer pendant ces quarante jours de préparation de Pâques. Mais il ne s’agit surtout pas d’avoir la prétention d’imiter Jésus dans le désert, ni de revivre et d’éprouver ce qu’il a vécu au désert. Il s’agit plutôt de porter ce désert en nous-même et de vivre en vérité ce temps de préparation de Pâques :

  • Mettons de côté nos choses superflues et peu importantes, nos préoccupations, nos tracasseries, nos urgences que nous nous fabriquons…. Faisons ainsi de la place en nous-mêmes, du vide intérieur, du rien, de l’absence, afin de créer en nous un lieu de la présence de Dieu.
  • Bousculons nos certitudes, nos savoirs, nos préjugés, nos réflexes, nos habitudes, pour que notre vie ne se fige pas dans un lieu désert aride, désolé et inhabitable. Ravivons ainsi notre soif et notre faim de la présence de Dieu, afin qu’il nous nourrisse de sa Parole de vie, comme la manne qu’il a donné dans le désert, comme les pains et poissons qu’il a multiplié dans un lieu inhabité.
  • Recentrons-nous sur les choses réellement essentielles, maintenons notre vie dans un mouvement et un élan, soyons un lieu de rassemblement pour les autres, malgré ces restrictions sanitaires qui pèsent sur notre quotidien et nos projets de vie.

Voilà tout ce que peut signifier pour nous ce temps de quarante jours, cet autre temps de l’avent de l’année chrétienne, ce temps de l’avent de Pâques. Il représente pour nous le moment opportun pour faire face à tous ces déserts engendrés par cette longue et grave crise sanitaire. En effet l’Esprit, qui est descendu sur nous lors de notre baptême en Christ, nous pousse à être un lieu de la présence de Dieu, un lieu de la proclamation de sa Parole, un lieu de rassemblement pour les autres, il nous pousse à être un témoin de la bonne nouvelle dans la perspective de Pâques, en chemin vers la passion et la résurrection de Jésus le Christ.
Amen

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