Revoir le culte du 13 février : aimer jusqu’au bout

Jean 13, 1-7 :
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde au Père, Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.

Pendant le dîner, alors que le diable a déjà mis au cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, de le livrer, Jésus, qui sait que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va à Dieu, se lève de table, se défait de ses vêtements et prend un linge qu’il attache comme un tablier.
Puis il verse de l’eau dans une cuvette et se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qui lui servait de tablier.
Il vient donc à Simon Pierre, qui lui dit : « Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ! »
Jésus lui répondit : « Ce que, moi, je suis en train de faire, toi, tu ne le sais pas maintenant ; tu le sauras après. »

Prédication par la Pasteure Marie-Pierre Cournot :
Nous sommes dans l’évangile de Jean et la chronologie est un peu différente de ce que certains d’entre vous connaissent à partir des autres évangiles.
La fête de juive de Pâque arrive, ce sera vendredi, le lendemain. Aujourd’hui, la veille, jeudi soir, Jésus est à table, c’est son dernier dîner. Dans la soirée, après ce repas, il va être arrêté, puis jugé et au petit matin condamné à mort par Pilate. Il sera crucifié et mourra le vendredi en fin d’après-midi, comme dans les autres évangiles, mais chez Jean la Pâque commence le vendredi soir, et non la veille. Chez Jean Jésus n’a donc pas pu célébrer la Pâque avec ses disciples puisqu’il était mort.
Par contre il y a bien un dernier repas de Jésus, et c’est au cours de ce dernier repas qu’à lieu ce que l’on a coutume d’appeler le lavement des pieds. Ce récit ne figure que dans l’évangile de Jean, puisque dans les trois autres, le dernier repas de Jésus est donc celui de Pâque et Jésus y célèbre la cène.

Voici donc que pendant le dîner, Jésus se met à laver les pieds de tout le monde.
Si laver les pieds était une pratique habituelle à l’époque, cela ne se faisait pas pendant le repas mais avant le repas, ou pour accueillir des invités, à leur arrivée, en signe de bienvenue. Il faut dire qu’à l’époque on se déplaçait essentiellement à pied, dans les chemins poussiéreux et pas forcément avec des chaussures très couvrantes.
Le moment ici est donc surprenant, le laveur aussi. Le geste de laver les pieds étaient réservé à de personnes de condition inférieure, les esclaves, les serviteurs, les femmes pour leur époux … Ici c’est Jésus qui lave.
En plus il y a cette précision curieuse, que Jésus se défait de ses vêtements pour s’entourer d’un linge avec lequel il va sécher les pieds des disciples. Je ne sais pas si Jésus fini tout nu, sa serviette à la main, mais en tout cas, ce changement d’accoutrement, c’est bien le signe qu’il se met volontairement dans une posture humble et subordonnée vis-à-vis des disciples.
Nous avons vu hier dans notre étude biblique sur Adam, Eve, le serpent et la pomme, que dans la Bible, la nudité est le plus souvent signe de fragilité, de vulnérabilité. C’est dans cette attitude que Jésus vient à la rencontre de chaque disciple, pour lui laver les pieds, ce geste habituellement fait par les esclaves.
Je dis bien de chaque disciple, de chacun des douze, car Jésus va aussi laver les pieds de Judas, alors même que Jésus sait, que nous savons, que Judas sera celui qui trahira Jésus et l’enverra à la mort. Même en sachant ce que Judas va faire, Jésus ne l’évince du cercle de ses disciples, il le traite comme tous les autres, il va même s’agenouiller à moitié nu devant lui pour lui laver les pieds. Il va, comme dit Jean, l’aimer jusqu’au bout.
Ça nous fait réfléchir sur notre disposition à exclure les gens avec qui on n’est pas d’accord.
Peut-être que c’est une image du Royaume de Dieu que Jean nous décrit là : un royaume où tout le monde aurait sa place, au même niveau, même ceux avec qui on n’est pas d’accord. Un royaume où tout le monde est aimé jusqu’au bout.

Je lisais il y a quelques jours dans le journal, un article à propos des « convois de la liberté », dans lequel une jeune femme interviewée disait avoir passé ces quatre dernières années à manifester et qu’elle s’arrêtait maintenant car elle avait trop appris. À la question « qu’avez-vous appris ? », elle répondait « l’humiliation ». Quand on s’arrête un instant pour y réfléchir, c’est considérable.
Et je me dis, mais qu’ai-je fait, moi, pour que cette femme se sente humiliée ? Et qu’ai-je fait pour qu’elle ne se sente pas humiliée ? Qui va lui laver les pieds à cette femme ? Qui va l’aimer jusqu’au bout ?

Et puis voilà que Jésus arrive devant Pierre, le disciple qui ne peut s’empêcher de se mettre en avant. Mais comment, toi, Seigneur, me laver les pieds ? Tu n’y penses pas !
La réponse de Jésus : « Ce que, moi, je suis en train de faire, toi, tu ne le sais pas maintenant ; tu le sauras après. »
C’est notre lot à tous, de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de ne pas maîtriser les choses.

Et oui, ma chère petite Alizé, tu ne comprends pas ce qui se passe aujourd’hui. Tu ne sais pas que toi aussi, Jésus lave tes petits pieds, tes adorables petits pieds qui ont encore si peu marché. Du moins c’est ce que nous, adultes responsables et raisonnables pensons, que tu ne le sais pas. Mais même cela nous ne le savons pas !
Tu es si petite, mais tu as déjà tes pensées, tes certitudes et tes désirs, ta vie, qui n’appartiennent qu’à toi et à personne d’autre.
En tout cas, ce que Jésus dit c’est que nous avons le droit de ne pas savoir, de ne pas comprendre. Nous avons droit à l’ignorance et à l’incompréhension.
Mais Jésus nous lave quand même les pieds. À chacun, à chacune de nous, Jésus lave les pieds. Les petits pieds et les grands pieds, les vieux pieds, les jeunes, les plats, les beaux, les bots, les moches, les élégants, les fatigués, les agiles, les caleux.
Même les pieds fourchus, Jésus les lave.
Par ce geste, il nous souhaite la bienvenue. Il nous dit que nous avons une place à côté de lui, à sa table.
Et pas seulement là tout de suite maintenant, sinon c’est raté. Non, nous avons droit à la lenteur, à l’attente, à l’hésitation.

Ce don que Jésus nous fait, de nous laver les pieds et peu après de sa vie comme affirmation de l’amour premier et inconditionnel de Dieu pour nous, n’est pas facile à accepter.
Jésus est tous les jours, là, à nos pieds avec son tablier, pour nous laver les pieds.
Jésus est « en train de faire » nous dit le texte, dans cette action qui se déroule sous nos yeux, Jésus met comme un ralenti, un ralenti infini pour aller à notre vitesse.
Il y a deux temporalités, une permanente de Jésus, une hypothétique la nôtre.
Et dans cette hypothèse, dans ce point d’interrogation que Jésus dépose à nos pieds, tout est possible.
L’amour jusqu’au bout.
Mais jusqu’au bout de quoi ?
Jusqu’au bout de la vie terrestre de Jésus, lui qui sait que l’heure de sa mort est bientôt arrivée.
Jusqu’à la mort.
Jusqu’à la nôtre.
Jusqu’au bout de l’orgueil de Pierre, déguisé en fausse modestie.
Jusqu’au bout de la trahison de Juda, jusqu’au bout du diable qui est en lui.
Jusqu’au bout de cet amour infini, éternel, englobant tout, résistant à tout, qui nous attend pour toujours.

Amen



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