Revoir le culte du 3 avril : l’inattendu de Dieu

Ésaïe, chapitre 43, versets 16 à 21 :
Ainsi parle YHWH, qui trace une route dans la mer et un sentier dans les eaux puissantes, qui met en campagne des chars et des chevaux, une armée, de puissants guerriers, tous ensemble. Ils se couchent, ils ne se relèvent plus, ils se sont éteints, ils se sont consumés comme une mèche :
« Ne vous rappelez pas le passé, et ne considérez plus ce qui est ancien. Je fais du nouveau, dès maintenant cela germe ; ne le savez-vous pas ? Je mettrai une route dans le désert et des fleuves dans la terre aride. Les animaux sauvages me glorifieront, les chacals comme les autruches, car je mets de l’eau dans le désert, des fleuves dans la terre aride, pour faire boire mon peuple, celui que j’ai choisi. Le peuple que je me suis façonné dira ma louange. »

Prédication « L’inattendu de Dieu » par la pasteure Marie-Pierre Cournot :
Un petit texte du livre du prophète Ésaïe, court mais fort. Et qui tombe bien aujourd’hui, jour de nos Assemblées générales qui forcément nous font faire des bilans et des projections sur l’avenir. C’est un discours du prophète Esaïe, et par sa bouche c’est Dieu qui parle. Cela commence donc par la classique expression introduisant la parole de Dieu « Ainsi parle Yhwh ».
Les derniers mots de Dieu : « Le peuple que je me suis façonné dira ma louange. »
Et au milieu ces mots qui vont permettre le passage du passé vers l’avenir : « Ne vous rappelez pas le passé, et ne considérez plus ce qui est ancien. Je fais du nouveau, dès maintenant cela germe ; ne le savez-vous pas ? »

« Ne vous rappelez pas le passé, et ne considérez plus ce qui est ancien » : un peu brutal de la part de Dieu, et tout à fait inhabituel.
Un peu brutal à recevoir pour l’Église dont le fondement ne parait le plus souvent être que le passé. Et d’ailleurs, nous ce matin ne faisons pas autre chose que de lire des textes écrits dans le passé. Faudrait-il abandonner tout cela ? Et prêcher le dimanche matin sur des textes qui viennent d’être écrits par l’un ou l’autre qui se pense inspiré ?

Mais quel est ce passé dont Dieu ne veut pas que l’on se souvienne ?
Difficile à savoir.
On peut penser qu’il s’agit de ce qui est raconté dans la première moitié du passage : la sortie d’Égypte, quand Dieu a ouvert la mer pour que les hébreux puissent passer alors que les armées et les chars de Pharaon qui les poursuivaient s’y sont engloutis. Surprenant ! Partout ailleurs dans la Bible, ce passé qui raconte la puissance de Dieu est celui dont il faut se souvenir ! Ce passé est le fondement du livre de l’Exode et de la constitution du peuple de Dieu. Mais ici, dans la bouche d’Ésaïe, même les actions les plus spectaculaires de Dieu comme la libération d’Égypte, reste dans le passé. L’avenir est ailleurs, et peut-être même le présent.
En l’occurrence pour les destinataires du message d’Ésaïe, le présent c’est d’avoir été libérés du joug babylonien et de l’Exil à Babylone. Le retour d’Exil comme un deuxième Exode.
Rien ne peut être figé dans l’histoire.
Tout est toujours à vivre à nouveau, et à nouveaux frais, à réinterpréter.

Il existe une autre interprétation, qui est de penser que si cet épisode de l’Exode est mentionné ici, ce n’est pas pour raconter le passé, c’est en fait pour présenter ce Yhwh qui parle.
Je relis : « Ainsi parle YHWH, celui qui trace une route dans la mer et un sentier dans les eaux puissantes, celui qui met en campagne des chars et des chevaux, une armée, de puissants guerriers, tous ensemble. Ils se couchent, ils ne se relèvent plus, ils se sont éteints, ils se sont consumés comme une mèche. »
Il s’agit donc d’être bien au clair sur qui est ce Dieu qui parle et ne pas confondre avec un autre : c’est Yhwh celui qui nous a libérés dans le passé.
Si le rappel de la sortie d’Égypte n’est là que pour présenter Dieu, alors les événement du passé à oublier ne sont pas précisés, comme s’ils étaient déjà connus de tous ou comme s’il s’agissait du passé en général.

Que ce soit l’une ou l’autre de ces interprétations, il reste difficile d’imaginer que Dieu demande d’oublier le passé, quel qu’il soit !
C’est le plus souvent le contraire, Dieu demande de se souvenir du passé. Et même dans des versets assez proches du livre d’Ésaïe.
Alors pourquoi ici est-on exhorté à ne pas s’en souvenir ?

Je ne crois pas que ce soit pour l’oublier, le rayer, ce serait trop contradictoire avec beaucoup d’autres passages de la Bible, mais plutôt pour le laisser à sa place, dans le passé.
Le passé, c’est du passé.
Si le passé envahit le présent et l’avenir, alors on n’est pas disponible pour la nouveauté de Dieu, pour l’inattendu de Dieu. Oui, Yhwh est celui qui a libéré son peuple du joug du Pharaon. Mais cela ne s’arrête pas là, il va faire continuer à œuvrer pour son peuple, il ne restera pas enfermé dans l’étiquette de celui qui a permis l’Exode.

Regardez toutes les choses nouvelles qu’il va faire !
Dieu se présente comme un Dieu qui change, un Dieu qui a fait des merveilles dans le passé et qui va en faire d’autres, des nouvelles et c’est sur celles-là qu’il insiste : « Je fais du nouveau, dès maintenant cela germe ».
Un Dieu germinatif qui ne cesse de transformer sa création, qui ne cesse de se transformer.
A nous de marcher à sa suite, de ne pas rester immobiles et figés dans le passé ou dans nos représentations du passé.

Je dois dire que je ne trouve pas que ce soit un trait fort de notre paroisse que de se complaire dans le passé. J’admire tous les jours les capacités de notre paroisse à s’adapter : au covid – ça certainement, il faut le dire et vous en féliciter ! Notre communauté a su je crois trouver une vraie parole et une vraie relation dans le virtuel, même si bien sûr c’est différent.
À propos de virtuel, rappelons-nous que virtuel vient du latin vir, l’homme masculin, qui a donné en français la virilité et aussi « la vertu », c’est-à-dire le courage et la force morale.
C’était très courageux d’accepter de vous lancer dans cette aventure du virtuel il y a deux ans et de la poursuivre encore aujourd’hui. Cela nous a permis de rester ensemble pendant les confinements et couvre-feux, de vivre ensemble ces périodes difficiles où les contacts physiques généraient de l’inquiétude. Nous avons pu en nous adaptant à la technologie développer de nouvelles occasions de faire de la théologie ensemble, ou de prier ensemble. Grâce à ce lien virtuel nous pouvons partager ces moments d’Église avec des personnes qui habitent loin ou dont l’état de santé ne leur permet pas de se déplacer.
Le virtuel nous a aussi permis d’accueillir de nouvelles personnes qui ne seraient pas venues d’emblée au temple mais qui préféraient ce mode d’interaction pour un premier contact. Et cela nous demande maintenant de nous adapter à la nouveauté des personnes fréquentant dans ce temple !
C’est une belle aventure !
J’admire cette paroisse qui n’hésite pas à trouver de nouvelles ressources pour avancer ; et tout cela sans oublier d’où elle vient ni son histoire.

Pour en revenir au texte, une constante dans le passé et l’avenir : Dieu construit des routes.
Dans le passé il construit des routes dans la mer et les eaux puissantes, dans l’avenir il construit des routes dans le désert. Un vrai ingénieur de travaux publics, spécialisé dans les terrains difficiles !
Dieu nous ouvre des chemins, sans cesse, un Dieu en mouvement qui nous invite à son mouvement.

On voit bien la transformation au fil du texte : l’eau qui était dans la première partie du texte une puissance dangereuse qui engloutit les humains, devient l’eau qui fertilise le désert et désaltère.
Le désert peut alors devenir un lieu propice à la vie, où se développe une communauté.
C’est pour cela qu’il faut se souvenir du passé, pour le transformer, pour nous laisser transformer.

Laissons donc de la place à l’inattendu de Dieu.

Et pour ne pas  non plus idolâtrer la nouveauté, aimer le changement pour le changement, souvenons-nous que la nouveauté deviendra bientôt elle aussi un passé dont il ne faudra pas se souvenir.
Il nous reste donc à ne pas rester accrochés à cette traversée du Covid, ni à souhaiter que les choses redeviennent comme avant. D’ailleurs c’est peine perdue, les choses ne redeviennent jamais comme avant.
Mais à nous ouvrir à la germination, à sentir en nous germer de nouveaux projets. Les choses du passé nous ont montré que nous pouvons avancer si nous nous y mettons ensemble.
Dieu nous montre le chemin, il fait toute choses nouvelles !

Pour finir, arrive le peuple que Dieu s’est façonné : par ce mot nous sommes directement plongés dans le deuxième chapitre du livre de la Genèse, là où Dieu façonne l’être humain à partir de la terre – c’est le même verbe façonner dans les deux textes.

Au bout de ce mouvement de Dieu, c’est l’humain, l’humain louant, reconnaissant.

Amen

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