Le bon choix

Culte du 10 janvier sur Marc 1,7-11

Marc 1,7-11 :

Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales.
Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »

Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain.
A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui.
Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. »

Prédication :

Nous sommes là ce matin pour interroger la relation que Dieu instaure avec nous par l’intermédiaire de Jésus.
Quand nous pensons à cette relation, qui d’ailleurs n’existe peut-être pas pour certains d’entre nous, est-ce que nous la pensons en terme de choix ? Pensons-nous que nous avons fait le choix de la foi ? Ou celui, beaucoup plus raisonnable, de la non-croyance ?
Et si c’était plutôt Dieu qui avait fait le choix primordial ? Celui qui rend tout le reste possible.

Nous sommes dans les premiers versets de l’évangile de Marc, nous avons commencé notre lecture au 7e verset.
En dehors de la première phrase de l’évangile « Commencement de l’évangile de Jésus Christ », c’est dans notre passage de ce matin que Marc introduit pour la première fois le nom de Jésus : « Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. »
Dans l’évangile de Marc, point de naissance de Jésus. Il n’y fait jamais allusion.
L’évangile débute quand Jésus est adulte et qu’il va commencer son ministère public juste après s’être fait baptiser par Jean. Jusque-là rien ne différencie Jésus de n’importe quel autre jeune juif. Pas de naissance miraculeuse, pas d’étable ni de mangeoire, pas d’étoiles, et ni bergers ni mages.
Marc simplement précise ici que Jésus vient de Nazareth, ce qui franchement n’aide pas, personne ne connait ce village, jamais cité dans l’Ancien Testament. Ce n’est pas de Nazareth qu’est attendu le Messie, c’est de la ville de David, qui peut aussi bien correspondre à Bethléem ou à Jérusalem mais sûrement pas à Nazareth.
Jean a annoncé que quelqu’un d’important allait arriver, quelqu’un qui aurait un lien particulier avec Dieu puisqu’il pourra baptiser d’Esprit saint. Mais comment savoir qui est cette personne ? Comment savoir que c’est Jésus ?
Et bien parce que Dieu va le choisir.
C’est ici, à ce moment précis, après son baptême, que Dieu choisit Jésus pour être celui qui va transmettre sa Parole au monde. Jusque-là, chez Marc, pas de lien particulier entre Dieu et Jésus. Le lien se noue ici. Quand Dieu dit : « voilà, c’est toi que j’ai choisi, tu seras mon fils, je t’aime et cela me plaît ». Cette déclaration de Dieu ne se prête à aucune discussion.
Dieu a choisi. Dieu l’a choisi.

On me demande souvent si Jésus est Dieu.
Je ne crois pas. Dieu ne s’est pas choisi lui-même, il a même expressément choisi un autre que lui. Il a choisi un être humain, un jeune homme juif qui, séduit par les thèses radicales de Jean-Baptiste, se faisait baptiser par lui.
De ce jeune homme, Dieu va faire son fils. Il va lui transmettre toute sa pensée, sa Parole. Il va s’appuyer sur ce fils pour poursuivre sa mission, pour lui donner un autre développement une autre ampleur. Ce fils sera pour Dieu comme un représentant, un relai auprès de l’humanité.

La phrase prononcée par Dieu donne lieu à de multiples traductions. Une de celles qui sont le plus près du texte grec serait : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis mon amour. » J’ai préféré aujourd’hui celle qui parle explicitement de choix, parce que je crois que c’est bien de cela qu’il s’agit : « tu es mon fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir ».
En prenant la parole pour désigner Jésus comme son fils, Dieu affirme son choix.
Il n’y a que deux prises de paroles directe de Dieu dans les évangiles, ici et au moment de la transfiguration où Dieu dit : « celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez -le ! ». Donc les deux fois où Dieu s’exprime directement, c’est pour dire : « c’est celui-là que j’ai choisi pour être mon fils auprès de vous ».

À travers ce choix que Dieu fait de Jésus notre frère, Dieu nous a tous et toutes choisis. Peut-être pas pour être des christs mais pour être ses enfants.
C’est par cette parole adressée à Jésus que Dieu surgit dans nos vies.
Difficile peut-être d’assumer ce choix de Dieu qui s’impose à nous. Je veux dire que le choix que fait Dieu s’impose à nous mais aussi que par ce choix, Dieu s’impose dans nos vies.

Il y a paradoxalement quelque chose d’intime dans cette apparition spectaculaire de Dieu au baptême de Jésus. D’abord le côté théâtral et presque cataclysmique des cieux qui se déchirent. Puis la douce colombe qui en sort et se glisse jusqu’à atteindre Jésus.
Étonnamment cette scène se fait semble-t-il sans témoin. Marc ne parle de personne d’autre qui serait là pour se faire baptiser ou accompagnant Jean.
Cette relation que Dieu instaure avec nous grâce à Jésus, nous touche au plus profond de nous, sans besoin d’aucun spectateur. C’est une histoire entre Dieu, Jésus et nous.

Et nous alors ? Avons-nous le choix ?
Avoir le choix est une valeur que nous mettons souvent très haut. Le pire, dit-on, s’est de ne pas avoir le choix. Le choix devient parfois synonyme de liberté : avoir le choix, c’est être libre.
Et pourtant, avoir le choix c’est aussi comme être enfermé dans un rond-point dont on ne pourrait pas s’échapper, dont on ferait indéfiniment le tour sans avoir accès aux sorties. Vivre, c’est sortir de ce rond-point, c’est cesser d’être dans cet infini no man’s land du choix où tout se vaut, tout s’annule mutuellement, tout se perd.
Avec notre récit je crois que l’on peut dire que le choix, Dieu le fait pour nous. Ce choix qu’il fait de son fils, un choix qu’il fait par amour (« Tu es mon fils bien-aimé »), transforme nos vies.
Et pourtant, ce n’est pas simple d’accepter qu’un autre que soi transforme notre vie. Il faut parfois un événement malheureux ou en tout cas bouleversant, pour arrêter de vouloir tout maîtriser, pour arrêter de préférer l’infinie possibilité du choix qui nous fait refuser de nous engager.
Dieu aussi aurait pu préférer rester dans le non choix, ne jamais venir s’incarner en un être humain, ne jamais venir nous parler au creux de notre vie, venir partager notre fragilité. Mais Dieu a quitté son rond-point.

Par son fils en amour, Dieu se donne à nous, il nous donne sa force. Pourquoi refuser ce don ?
Je crois que notre choix peut venir rencontrer celui de Dieu.

Cette colombe qui vole jusqu’à nous pour venir nous murmurer « Dieu t’a choisi », orne la plupart des croix huguenotes, en pendentif sous la croix. Ce bijou créé au 17e siècle dans le sud de la France, devient vite un symbole d’appartenance au protestantisme. La croix huguenote n’a pas toujours en pendentif une colombe, mais beaucoup en ont. Parfois même, il n’y a pas de croix, seulement la colombe. Pour autant, le choix de Dieu ne se limite pas aux protestants ! Avec Jésus, c’est tous les humains qui sont concernés par ce choix.

Je vous lis un beau poème de Marie-Laure Choplin, auteure qui m’a beaucoup inspirée pour la liturgie de ce culte. Le poème s’appelle Acquiescer à la vie.

Accepter d’être là.
Enfin.
Revenir de nos ailleurs, de nos fugues, revenir de nos refus.
Cesser de réclamer des comptes à la vie, de lui donner de ordres, ne rien exiger d’elle,
renoncer au marchandage, l’acquittement de toute dette, la délivrer de nos impératifs.
Acquiescer à la vie telle qu’elle se donne.
Dans tout ce que nous ne pouvons pas changer, dans tout ce que nous ne pouvons pas choisir, il y a cela que nous pouvons : dire « oui » à ce qui est.
Consentir sans raison.
Faire le saut de consentir, à tout.
Elle est si étroite la cellule où nos exigences nous enferment.  

Consentir à ce choix de Dieu, à cette décision qu’il a prise de s’engager auprès de nous, participer à cette joie, recevoir cet amour et cette force : c’est à notre portée.

Amen.

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