Le temps se fait court

Culte du 24 janvier 2021 sur la 1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 7, verset 29 à 31 – Pasteure Marie-Pierre Cournot

1 Corinthiens 7,29-31 :

Voici ce que je dis, mes frères : le temps se fait court ; désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, ceux qui tirent profit de ce monde comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car ce monde, tel qu’il est, ne durera plus très longtemps.

Les prières du culte

Prédication par la pasteure Marie-Pierre Cournot :

La fin du monde, c’est donc pour bientôt ?
La terrible actualité des paroles de Paul nous frappe de plein fouet. Il n’y a pas besoin de sous-titres, notre monde est dans une impasse, d’où nous ne pourrons sortir que par une transformation radicale qui certainement aura un prix. La pandémie nous encercle et met en évidence combien notre progrès, s’il améliore beaucoup la situation, ne parvient pas à achever ce microscopique monstre que la nature a généré. Sur d’autres plans, économique, environnemental, ça ne pourra plus non plus durer très longtemps si rien ne change !

Quelques mots de contexte.
La 1ère lettre aux Corinthiens fait partie des écrits les plus anciens du nouveau testament, elle a probablement été écrite par Paul entre 20 et 25 ans après la mort de Jésus. Paul a fondé l’église de Corinthe, y est resté un certain temps puis les a quittés pour poursuivre sa mission. Toujours en lien avec eux, il leur écrit cette lettre un ou deux ans plus tard pour répondre à des questionnements qui agitaient la communauté chrétienne de Corinthe. Nos versets se trouvent dans un long passage consacré au mariage.
À l’époque de Paul, les communautés chrétiennes sont encore très liées aux synagogues où elles sont nées et dans lesquelles elles puisent une partie de leurs membres, même si des tensions, parfois importantes, se font sentir. Des tensions encore plus grandes opposent le monde juif et les Romains, avec les guerres judéo-romaines qui vont aboutir à la défaite des Juifs et la destruction de Jérusalem et de son temple une trentaine d’années après la rédaction de cette lettre par Paul.
Dans cette période très troublée, les premiers Chrétiens avaient pour horizon l’annonce par Jésus de l’avènement du royaume de Dieu qui s’accompagnerait de son retour dans la gloire. Le retour du Christ était donc attendu, sa venue marquerait la fin au monde terrestre et la victoire triomphante du monde divin. Cette pensée de l’avènement d’un monde nouveau assorti d’un grand jugement des êtres humains, parfois marqué par l’arrivée d’un personnage divin aux traits humains, n’était pas spécifique au petit monde chrétien. Elle était née quelques siècles auparavant dans les milieux juifs et on l’appelle le courant apocalyptique.

Les premiers Chrétiens attendaient donc instamment le retour du Christ, pas comme un idéal lointain mais comme une réalité qui allait s’incarner là, de leur vivant, du jour au lendemain.
« Le temps se fait court […] ce monde tel qu’il est, ne durera pas très longtemps ».

On peut comprendre ces versets de plusieurs manières.
Dans un premier temps, on peut comprendre, et nos traductions vont me semble-t-il dans ce sens-là, « il ne reste plus beaucoup de temps, tout va bientôt s’arrêter ».
Dans cette optique, Paul met en garde les Corinthiens, qui peut-être profitent à son goût un peu trop des joies du monde, et ne sont pas assez tendus vers cet événement imminent qui va tout bouleverser. Il les enjoint à prendre du recul par rapport à leur vie matérielle et quotidienne, à se détacher de leur couple, de leurs émotions et de leurs biens, pour être prêts à accueillir ce destin terrifiant.

Que va-t-il se passer d’après Paul au bout de ce court délai ? La fin du monde ? Le retour du Christ ?
On peut comprendre que pour cette génération de premiers chrétiens l’absence du Christ soit au cœur de leurs préoccupations, et qu’ils soient prêts à beaucoup sacrifier pour préparer son retour. Mais les années passent et le Christ n’est toujours pas là.
Nous vivons aussi cette séparation, ce vide. Un Dieu inimaginable, non représentable et un Christ absent. Et ils nous ont tous les deux laissés avec des textes difficiles à comprendre.
Toutes proportions gardées, nous sommes un peu comme ces premiers chrétiens, qui se retrouvent seuls à devoir se définir, à devoir construire leur vie autour d’une absence.
Certaines personnes, de nos jours, se demandent si le Christ reviendra. D’autres, sûrs de son retour, aimeraient bien savoir quand.

Frères et sœurs, si Dieu veut que le Christ revienne, il reviendra.
Si Dieu veut que ce Christ soit de nouveau Jésus, ce sera Jésus.
Si Dieu choisit un autre humain pour s’incarner, ce sera un autre humain.
Et Dieu pourrait aussi choisir de venir sur terre sans s’incarner dans un être humain, ou choisir de ne pas venir …

Mais revenons au texte et regardons la dernière phrase de ce passage : « Car ce monde, tel qu’il est, ne durera plus très longtemps. »
Si l’on colle au texte grec, Paul dit « Elle passe, la manière d’être de ce monde ». « La manière d’être », on pourrait aussi traduire « l’apparence extérieure ». Et donc Paul n’annonce pas la fin du monde, mais sa transformation ! Il ne va plus ressembler à ce qu’il est. La manière de se comporter des humains va changer. Extérieurement, les humains vont évoluer, c’est d’ailleurs exactement ce que Paul leur propose : si vous avez une femme faites comme si vous n’en aviez pas, si vous avez des biens faites comme si vous n’en aviez pas, si vous êtes triste ou joyeux faites comme si vous ne l’étiez pas.

Pourquoi donc ? Parce que là n’est pas l’important, ce qui compte vraiment.
Ce ne sont que des choix de vie ou des émotions passagères. Que l’on vive en couple ou pas, que l’on ait ou pas des biens, ce n’est pas ce qui nous fera rencontrer le Christ, ce n’est pas ce qui nous définit au regard de notre relation à Dieu qui s’ancre bien au-delà de tout cela.
Il ne nous faut pas confondre notre manière d’être, c’est-à-dire notre comportement extérieur, et ce qui détermine notre vraie identité. Ce qui en fait le fond, l’authenticité, cela ça ne passera pas.
Là où nous rencontrons le Christ dans la vérité de notre être, cet espace-là perdurera, à condition d’être libre et non emprisonné par nos modes de vie. Car c’est bien de liberté dont Paul nous parle ici.
Pas d’une liberté qui serait acquise par le divorce, par le refus de posséder quoique ce soit ou par l’absence d’émotion. Mais par la conviction que nous appartenons au Christ envers et contre tout, malgré tout le reste, malgré les émotions qui s’emparent de nous, malgré nos attachements humains.
Je crois que c’est cela que Paul nous indique, la liberté à prendre par rapport à nos comportements dictés par le monde.

Attardons-nous maintenant sur le premier verset : « Le temps se fait court ».
Évidemment dit comme ça, on comprend qu’on n’a plus beaucoup de temps. On en est presque à regarder notre montre ou du moins le calendrier !
Et c’est cela qui est étonnant, parce que le mot que Paul utilise et qui est traduit par « temps » ce n’est pas le temps chronologique, en grec « chronos », mais le moment opportun, l’occasion favorable, en grec « kairos ». Paul ne parle pas de la durée du temps, mais de son contenu, ce que l’on met dans ce moment, ce que l’on en fait.
Ensuite, ce que l’on traduit par « se fait court », évoque le fait de se replier sur soi-même, de se contracter.
Ce n’est donc pas que la fin du monde approche, mais que le l’espace temporel opportun pour la rencontre avec Dieu se rétrécit, comme replié sur lui-même, sur nous-mêmes, et non plus ouvert sur le monde et sur l’autre que soi.
Paul nous exhorte à la dilatation.
Dans ce temps où le Christ n’est pas physiquement là avec nous, ce manque ne doit pas nous dessécher et nous racornir.
Paul sait de quoi il parle, lui qui n’a jamais côtoyé le Christ, qui n’a pas été un de ses disciples. Il ne l’a a priori jamais rencontré si ce n’est lors de son expérience mystique où le Christ lui est apparu pour l’appeler à cesser de persécuter les chrétiens et à diffuser sa bonne nouvelle au-delà des frontières du judaïsme.  
Et cette bonne nouvelle, c’est justement celle-là : le Christ nous propose d’être libérés des contingences mondaines.
Attention, cela ne veut pas dire s’en défaire, puisque même Dieu est venu s’en revêtir en choisissant un être humain pour nous transmettre sa parole. Mais accepter qu’elles ne soient pas une fin en soi, qu’elles ne nous définissent pas entièrement. Il y a derrière cette nécessaire obéissance aux lois du monde, quelque chose de plus authentique, qui vient en dialogue avec Dieu et dans lequel s’enracine notre foi.
Les paroles de Paul, qui pourraient résonner comme une menace, « Le temps se fait court […] ce monde tel qu’il est, ne durera pas très longtemps », sont au contraire une promesse : un tournant favorable nous est offert, celui d’accorder du temps et de l’attention à cette partie de nous qui répond à l’appel de Dieu et du Christ, quel que soit ce que nous faisons ou pas pour répondre aux sollicitations du monde dans lequel nous sommes appelés à vivre.
Ainsi le temps prendra de l’épaisseur, et non de la durée. La présence du Christ en nous se dilatera jusqu’à nous occuper pleinement.

Amen

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