Culte 2 mai : Moi aussi, je suis un être humain, Actes 10

Prédication du 2 mai sur Actes 10, par la pasteure Marie-Pierre Cournot

Ce matin nous allons parler de Corneille. Non pas Pierre Corneille l’auteur du Cid, mais Corneille le centurion romain du livre des Actes.

Il nous faudrait lire tout le chapitre 10 du livre des Actes des apôtres, ce qui est un peu trop pour ce matin, alors je vais vous en lire des parties et vous en résumer d’autres.

Corneille est un soldat romain, centurion de l’armée qui occupe la Palestine, il est là pour faire régner l’ordre, la paix et l’obéissance à l’immense et puissant Empire romain, il n’est donc évidemment pas juif.

Il est basé à Césarée, ville côtière de Samarie, sur la Méditerranée, un peu au sud du mont Carmel.

Officier romain, mais pour autant Corneille n’est ni méchant ni cruel, il s’intéresse et prend soin de la population juive qui lui a été confiée.

A tel point que Dieu le remarque et lui envoie un messager, qui dans une vision, l’enjoint de faire chercher Simon-Pierre.

Simon-Pierre, c’est Pierre, le disciple de Jésus que nous connaissons, celui qui est mis en avant par les évangiles, mais jusque-là Corneille et Pierre n’ont jamais entendu parler l’un de l’autre.

Pierre est hébergé à Jaffa chez un de ces amis, à une cinquantaine de km au sud de Césarée sur la côte méditerranéenne.

Jaffa est de nos jours la partie ancienne de Tel-Aviv.

Pour obéir aux ordres de Dieu, Corneille envoie deux serviteurs et un soldat chercher Pierre à Jaffa.

Actes 10,9-16 (NBS) :
Le lendemain, comme [les trois hommes] étaient en route et qu’ils approchaient de la ville [de Jaffa], Pierre monta sur le toit en terrasse, vers la sixième heure, pour prier.
Il eut faim et voulut manger. Pendant qu’on lui préparait quelque chose, il lui advint une extase.
Il voit le ciel ouvert et un objet semblable à une grande toile tenue par les quatre coins, qui descend et s’abaisse jusqu’à la terre ; il y avait là tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre, ainsi que les oiseaux du ciel.
Une voix lui dit : « Lève-toi, Pierre, abats et mange ».
Pierre répondit : « En aucun cas, Seigneur ! Je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur ! »
Pour la deuxième fois la voix lui parle : « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas ! »
Cela se produisit trois fois ; et aussitôt après l’objet fut enlevé au ciel.

Cette vision est assez obscure, le texte ne permet pas de savoir ce que c’est que cette grande toile, s’il s’agit d’une tente, d’une nappe ou de tout autre chose.

En tout cas elle présente à Pierre comme nourriture tous les animaux de la création, dont une

bonne partie sont décrétés impurs par les lois de l’Ancien Testament et c’est pourquoi Pierre, le bon juif, refuse d’en manger malgré l’ordre de Dieu.

C’est l’occasion pour Pierre d’affirmer haut et fort qu’il s’est toujours bien conduit, qu’il a toujours respecté les règles et coutumes de son peuple, il fait comme on a toujours fait.

Pierre c’est le prototype du croyant fidèle et pieux, qui fait grand cas de son héritage spirituel.

Mais la sentence de Dieu est terrible : « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas ! »

C’est animaux sont ma création, dit Dieu, en ne le reconnaissant pas, en les mettant à part, c’est toi qui les souilles !

Sur ce, les envoyés de Corneille arrivent chez Pierre.

Dieu parle à Pierre et lui commande de suivre ces trois inconnus romains, donc ennemis, car c’est Dieu qui les lui a envoyés.

Pierre leur offre l’hospitalité pour la nuit et part avec eux le lendemain.

Quand il arrivent chez Corneille, ô surprise, Corneille, le soldat armé, le Romain, l’envahisseur, le représentant de la force et du droit, se jette aux pieds de Pierre.

Nous lisons la scène.

Actes 10, 25-28 (NBS) :
À l’arrivée de Pierre, Corneille, qui était allé à sa rencontre, tomba à ses pieds et se prosterna.
Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi ; moi aussi, je suis un être humain » .
Tout en conversant avec lui, il entra et trouva beaucoup de gens réunis.
Il leur dit : « Vous savez qu’il est interdit à un Juif de se lier avec un étranger ou d’entrer chez lui ; mais Dieu m’a montré qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il est souillé ou impur ».

« Moi aussi je ne suis qu’un être humain ». Réponse prodigieuse de Pierre, qui résume tout.

Nous ne sommes que des êtres humains.

Mais nous sommes tous et toutes des êtres humains.

Ce qui nous met d’emblée tous et toutes sur un pied d’égalité, ensemble, devant Dieu.

Si j’osais, et je vais oser, je dirai que nous sommes tout nus devant Dieu.

Nous n’avons plus besoin de nos atours, de notre héritage, de nos valeurs si chèrement défendues.

Corneille représente la puissance : la pacification rendue possible par l’extension de l’Empire Romain, la civilisation et le progrès qu’il apporte.

Mais Corneille oublie tout cela pour se jeter à terre et se prosterner aux pieds d’un autochtone.

Quant à Pierre, il est juif, tire son identité religieuse et culturelle de ces lois de séparation du pur et de l’impur.

Le peuple hébreu s’est constitué en peuple, s’est construit grâce à cette distinction. C’était comme des remparts qui protégeaient les juifs de la contamination de l’extérieur, de l’étranger, mais aussi comme des armatures qui permettaient de s’édifier.

Mais Paul a compris que la distinction entre pur et impur est périmée, qu’elle n’a plus cours, que tous les humains se valent quand à leur rapport à Dieu, qu’aucun n’est plus élu que d’autre.

Dans cette scène, Corneille aussi bien que Pierre s’extraient de leurs histoires et abandonnent leurs références et leurs valeurs.

Plus aucun n’est supérieur à l’autre, plus aucun n’a quoi que ce soit à imposer à l’autre ni à lui apprendre.

Ils ne sont que deux êtres humains, face à Dieu.

Deux êtres humains qui se reçoivent l’un chez l’autre.

L’hospitalité a un rôle important dans cette histoire. Pierre est sans cesse en mouvement, comme s’il n’avait pas de chez lui, il passe d’un hôte à un autre, de chez son ami de Jaffa à chez Corneille à Césarée.

Cela me fait penser à Jésus, cet homme qui marche[1], toujours sur les routes, qui n’est chez lui que chez les autres et qui fait que chaque demeure où il s’arrête, chaque table où il prend un repas, deviennent la maison et la table du Christ, de Dieu.

Même si l’hôte est un affreux méchant, un affreux incroyant. Il reste un enfant de Dieu.

Il n’y a pas de pur ni d’impur, pas d’envahisseur ni d’envahi, pas d’étranger ni de familier, pas de croyant ni d’incroyant, pas d’héritier ni d’illégitime.

Chacun des deux était dans une position juste vis-à-vis de son milieu. Mais ils l’ont quittée.  

Tous les séparaient, Dieu les a déplacés pour les réunir.

Et puis Corneille va parler, un langage de foi, pour raconter sa rencontre avec Dieu, avec ses messagers, les mots de Dieu qui disent que Corneille l’officier romain qui ne fait pas partie du peuple élu, loin s’en faut, a sa place devant Dieu.

Cette histoire nous appelle nous aussi à sortir de nos cadre définis par l’histoire, par nos histoires.

Même si c’est un cadre positif, qui nous fonde, nous identifie et nous fait tenir debout en tant que croyant cela n’en est pas moins un carcan qui nous limite et un rempart qui nous isole des autres, nous tient hors de portée pour quiconque n’en est pas.

Une communion spirituelle est possible au-delà de nos identités construites.

Dieu nous appelle à nous déplacer et à aller nous prosterner devant l’étranger et l’incroyant. Allons-y !

Corneille raconte alors à Pierre la vison qu’il a eue et pourquoi il a envoyé des hommes le chercher.

Alors nous pouvons lire les deux versets qui ouvre la réponse de Pierre.

Actes 10, 34-35 (TOB)
Alors Pierre ouvrit la bouche et dit : « Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial, et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. »

« Impartial » cela veut dire que Dieu ne se laisse pas influencer, qu’il n’y a pas de passe-droits.

On peut s’aider d’une autre traduction, celle de la Bible Parole de vie, qui est peut-être encore plus claire :

Actes 10, 34-35 (PDV) :
Alors Pierre prend la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. Si quelqu’un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C’est vrai dans tous les pays. »

Peut-être pensons-nous que nous avons beaucoup à y perdre, nos valeurs, nos identités.

Effectivement, nous y perdrons.

Corneille y perdra ses références au système divin de l’Empire romain en demandant le baptême.

Pierre y perdra son sentiment d’être le pur et juste croyant. Il deviendra libre de se jeter à corps perdu dans une nouvelle foi, la foi en ce Dieu que Jésus annonce, dont il témoigne.

Mais nous y gagnerons notre identité et notre valeur, l’identité d’enfant reconnu par Dieu, et la valeur de frères et de sœurs devant Dieu, très étrangers et très différents, mais rien de plus qu’être humain, comme nous.

Pour terminer, lisons les derniers versets de ce chapitre.

Actes 10, 44-48 (NBS) :
Pierre était encore en train de dire cela quand l’Esprit saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la Parole.
Tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don de l’Esprit saint était aussi répandu sur les non-Juifs. Car ils les entendaient parler en langues et magnifier Dieu.
Alors Pierre reprit : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ces gens, qui ont reçu l’Esprit saint tout comme nous ? »
Il ordonna qu’ils reçoivent le baptême au nom de Jésus-Christ.
Ils lui demandèrent alors de demeurer là quelques jours.

Dieu envoie donc son esprit là où il le désire, loin de toutes nos règles, nos cadres et nos compartiments.

Peut-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’esprit saint comme nous ?

Peut-on refuser de partager, de vivre ensemble l’appel de Dieu avec des personnes étrangères, d’une autre religion, d’une autre confession, d’un autre milieu, d’une autre culture ?

Même si cela remet en cause nos certitudes et nos valeurs les plus essentielles et nous demande de nous déplacer, dans tous les sens du termes.

C’est là la bonne nouvelle que nous annonçons : un Dieu qui accueille tout le monde, un Dieu grâce auquel tout le monde s’accueille.

Allons-y !

Amen


[1] Cf. L’Homme qui marche de Christian Bobin, éditions Le temps qu’il fait.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s