Vidéo du culte du 31 octobre : qui est prêtre ?

Lettres aux Hébreux, chapitre 7 versets 18 à 28 :
En effet, il y a, d’une part, suppression d’un commandement antérieur à cause de sa faiblesse et de son inutilité – car la loi n’a rien porté à son accomplissement – et, d’autre part, introduction d’une espérance supérieure, par laquelle nous nous approchons de Dieu.
Et cela ne s’est pas fait sans serment.
Les autres, en effet, sont devenus prêtres sans serment ; mais Jésus l’est devenu avec un serment, par celui qui lui a dit : « Le Seigneur l’a juré, il ne le regrettera pas : tu es prêtre pour toujours ».
Jésus est devenu par cela même le garant d’une alliance supérieure.

De plus, les prêtres se sont succédé en grand nombre, parce que la mort les empêchait de demeurer ; mais Jésus, parce qu’il demeure pour toujours, possède un sacerdoce inaliénable.
C’est pour cela aussi qu’il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, puisqu’il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.

Pour nous, c’est bien un tel grand prêtre qui convenait : saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, et élevé plus haut que les cieux ; il n’a pas besoin, comme les grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, et ensuite pour ceux du peuple – cela, il l’a fait une fois pour toutes, en s’offrant lui-même.

La loi en effet institue grands prêtres des humains sujets à la faiblesse ; mais la parole du serment postérieur à la loi institue le Fils qui a été porté pour toujours à son accomplissement.

Prédication par la pasteure Marie-Pierre Cournot :
Nous allons parler aujourd’hui du dimanche de la Réformation.
Le dimanche de la Réformation, c’est le jour où l’on fête la naissance de la Réforme. Cette naissance on la date, de manière emblématique, du jour où Luther a affiché ses 95 thèses sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg en Allemagne. On ne sait si Luther a réellement cloué ses thèses sur la porte de l’Église, mais cela n’a pas d’importance, tout cela est symbolique.
La tradition depuis très longtemps, a retenu la date du 31 octobre et on choisit le dimanche qui précède pour célébrer cette naissance. Donc cette année ça tombait dimanche dernier mais je sais que Christine qui célébrait le culte à Plaisance dimanche dernier n’en a pas parlé. On en parle donc aujourd’hui.

Les 95 thèses de Luther ont pour thème central les indulgences. Les indulgences ce sont ces papiers que l’Église vendait, cher, très cher, et qui garantissaient aux heureux acheteurs la rémission de leur péchés et donc l’accès direct au paradis. Parfois pour eux et toute leur famille, pour la version Premium.

Les 95 thèses de Luther ne sont pas à prendre au sens moderne de thèse, comme des thèses de doctorat. Ce sont en réalité 95 affirmations, d’une phrase chacune.
Un exemple, la thèse n° 75 : « Croire que les indulgences papales sont telles qu’elles pourraient libérer un homme, même si ce dernier avait violé la mère de Dieu – ce qui est chose impossible ! –, c’est délirer. »

Revenons à la lettre aux Hébreux.
Elle parle de Jésus dans les termes de prêtre et de grand prêtre. Je crois que c’est le seul endroit du nouveau Testament qui nomme ainsi Jésus.
Ce titre fait directement référence aux prêtres et grand prêtre du Temple de Jérusalem. C’est à première vue étonnant car les évangiles ne nous ont pas préparés à cette comparaison. Jésus n’y est pas du tout présenté comme un prêtre.
D’après les évangiles, Jésus se rend plusieurs fois dans le temple de Jérusalem, il y enseigne et y fait des guérisons, mais ces activités ne sont pas celles des prêtres. Les prêtres pratiquent les rites et y font les sacrifices, or jamais Jésus n’en fait, ni rite ni sacrifice. Il ne pourrait d’ailleurs pas, la fonction de prêtre est héréditaire. Il faut faire partie de la classe sacerdotale qui est issue de la tribu de Lévi, alors que Jésus, lui, est issu de la tribu de Juda.
Jésus critique d’ailleurs ces rites et ces sacrifices à de nombreuses reprises.

Comment la lettre aux hébreux réussit-elle se renversement de faire advenir Jésus à la fonction de prêtre, ritualisée et sacrifiante ?
C’est que les bases de la prêtrise telle qu’elle sont présentées dans l’Ancien Testament vont être redéfinies.
Comme nous dit la lettre aux Hébreux, il y a suppression des commandements jusque-là en cours car ils sont sans valeur et inutiles. Il n’y a plus de commandement, ni prêtres du temple, ni sacrifice.

Je me demande si nous n’avons pas tout de même nos petits sacrifices, ou nos petites lois personnelles, dont l’observance au mieux nous rassure, au pire nous donne le sentiment de nous élever plus près de Dieu ou du Christ, et en tout cas plus près que les autres.
Ce sont comme des petits repères placés dans nos vies pour pouvoir se jauger et s’élever sur une échelle personnelle où nous évaluons tout le monde.
C’est très dur de ne jamais se dire que l’on est meilleur croyant, que l’on a mieux compris la Bible, que l’on sait mieux comment est Dieu, comment il faut prier, chanter, se taire, se conduire …

On ne sait pas précisément à qui est adressée cette lettre dite « aux Hébreux ». Mais vraisemblablement à une communauté judéo-chrétienne de la 2e moitié du premier siècle. Une communauté qui essaye de s’en sortir, de se définir, de dessiner quelques axes pour la suite.
Justement un des axes proposés, c’est l’espérance. À la place des lois et des sacrifices, il y a l’espérance : « une espérance supérieure, par laquelle nous nous rapprochons de Dieu ».
Avec l’espoir, vient un nouveau prêtre, qui garantit sa fonction ni par sa lignée ni par les rituels qu’il accompli mais par un serment fait par Dieu : « Le Seigneur l’a juré, il ne le regrettera pas : tu es prêtre pour toujours ».

Ce nouveau prêtre, Jésus, est éternel alors que les autre sont mortels.
Ce nouveau prêtre, voulu et institué par Dieu, rend inutile tous les autres.
Avec Jésus, un seul suffit.
Il est le seul en position d’intercéder pour nous auprès de Dieu.

À travers Jésus, à travers sa vie, ses paroles, ses actes, sa mort, nous pouvons plus facilement accéder à Dieu. Et en tout cas aucun autre soi-disant prêtre ne le permet. C’est la grand nouveauté, il n’y a plus qu’un seul prêtre, c’est Jésus.

Il y a Jésus et il y a nous.
Nous, ce sont tous les êtres humains, égaux dans leur positionnement, il n’y en a pas de plus ou moins prêtre que les autres.

On rejoint ici la pensée réformatrice de Luther.
Il a dit exactement ça dans son écrit de 1520 intitulé « A la noblesse chrétienne de la nation allemande » : « Nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême, comme le disait saint Pierre », et Luther cite la 1ère épitre de Pierre : « Vous êtes un sacerdoce royal et une royauté sacerdotal ».

Luther ne veut pas dire que nous sommes tous des prêtres comme Jésus l’est. Mais que si il doit y avoir des prêtres sur terre, alors nous le sommes tous et toutes. Pas dans le sens que nous pourrions intercéder pour d’autres auprès de Dieu. Seul Jésus le peut.
Ni que nous pourrions exercer un quelconque pouvoir tenu de Dieu sur nos concitoyens.
Mais dans le sens de prêtres vis-à-vis des autres humains : nous pouvons tous et toutes avoir accès à Dieu et être des témoins de Dieu sur terre.

Ce qui est peut-être difficile à accepter pour les destinataires de ce texte, cette communauté naissante, ou toutes les autres communautés, c’est que cela veut dire que nous n’avons plus aucun pouvoir entre nos mains.
Même pas celui de faire des sacrifices.

Jésus l’a fait une fois pour toute, nous dit la lettre aux hébreux, en s’offrant lui-même. Il ne nous reste qu’à vivre de cet espoir.
Celui d’un homme venu nous dire de la part de Dieu que nous sommes tous et toutes égaux devant Dieu. Que tous nos petits arrangements avec nous-mêmes n’y changeront rien, ni nos faiblesses, ni nos forces.
Cet espoir nous dit que nous sommes tous et toutes fondés à être habités par Dieu, à être en conversation avec lui et à en témoigner.

Nos regards, tous tournés dans la même direction vers Jésus, et aussi les uns vers les autres puisqu’en nous tous c’est l’image du Christ que nous pouvons voir, sont l’espérance que nous laisserons un jour le Royaume de Dieu s’installer pleinement parmi nous.

Amen.

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