Vidéo du culte du 7 novembre : L’obstination de Dieu au fond d’une cruche

Premier livre des Rois, chapitre 17, versets 8 à 16 :

Alors la parole du SEIGNEUR parvint à Élie : « Va à Sarepta qui appartient à Sidon et restes-y. Là-bas, j’ai ordonné à une veuve de pourvoir à tous tes besoins. »

Élie s’en alla à Sarepta. Comme il arrivait à l’entrée de la ville, il y avait là une veuve qui ramassait du bois. Il l’appela et lui dit : « Va me chercher un peu d’eau dans un récipient, je te prie, pour que je boive. »
Elle alla en chercher.

Il l’appela de nouveau et lui dit : « Va me chercher, je te prie, un morceau de pain dans ta main. »
Elle répondit :
« Par la vie du SEIGNEUR, ton Dieu, je n’ai rien de cuit, je n’ai qu’une poignée de farine dans un pot et un peu d’huile dans une cruche. Je ramasse deux morceaux de bois, puis je vais rentrer préparer cela pour moi et pour mon fils ; nous mangerons, après quoi nous mourrons. »

Élie lui dit :
« N’aie pas peur, rentre, fais comme tu l’as dit. Seulement, prépare-moi d’abord avec cela une petite galette et tu me l’apporteras ; tu en feras ensuite pour toi et pour ton fils. Car ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël : ‘Le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne se videra pas, jusqu’au jour où le SEIGNEUR enverra la pluie sur la terre.’ »

Elle alla faire selon la parole d’Élie et pendant des jours elle eut de quoi manger, elle et sa maison, ainsi que lui. Le pot de farine ne s’épuisa pas, et la cruche d’huile ne se vida pas, selon la parole que le SEIGNEUR avait dite par l’intermédiaire d’Élie.

Prédication de la pasteure Marie-Pierre Cournot :
Nous sommes en territoire phénicien, à Sarepta, ville phénicienne sur la côte méditerranéenne. La femme dont il est question ici est donc une étrangère pour le prophète Élie, elle n’est pas juive.
Et elle est veuve. Elle vit dans la solitude du deuil, de la perte, de la pauvreté, du manque. Elle a tout perdu, il ne lui reste plus que sa vie qu’elle va perdre encore.
Elle a bien un enfant mais qui n’est pas pour elle signe de vie, de confiance et d’épanouissement. Il marque la culpabilité peut-être, puisqu’elle ne peut même pas le nourrir. La seule perspective qu’elle lui apporte c’est la mort. 
D’ailleurs dans le récit, cet enfant ne fait rien, ne dit rien, il est déjà comme mort.
Le manque est décidément partout.
Elle est arrivée au bout de ses ressources, financières, matérielles, psychologiques, spirituelles. Il n’y a plus d’horizon possible, plus d’espérance.
On pourrait presque entendre un accent de démission dans ce « nous mangerons et après quoi nous mourrons ».

Cette situation de détresse où plus rien de vivant ne peut naître ou rester vivant, nous la connaissons, où seule l’absence se fait encore présence en nous.C’est cette femme, étrangère, c’est-à-dire moins que rien dans le contexte biblique, et en plus presque déjà morte, que Dieu a choisie pour nourrir le prophète et le sauver de la famine.
C’est à travers elle que la puissance de Dieu va s’exprimer.
Pas de façon grandiose ni exubérante : le pot ne regorgera pas de farine, la cruche de débordera pas d’huile. Ce sera dans la discrétion, avec une certaine retenue.
Au fond du pot, la poignée de farine nécessaire à la confection des galettes se renouvellera tous les jours.
Au fond de la cruche, il restera tous les jours un peu d’huile, juste de quoi faire les galettes quotidiennes.
Rien ne s’épuisera nous dit le texte.
Ce n’est en fait pas tant la puissance de Dieu qui se manifeste ici que sa persistance. Son obstination à se nicher dans le fond d’une cruche quand nous n’y voyons plus rien.

Son obstination à nous dire jour après jour : « si, la vie est encore possible », « la vie peut renaître à partir d’un rien, une poignée de farine et deux cuillers d’huile suffisent ».
Ce n’est pas grandiose, mais c’est la vie tout de même.
C’est là qu’est le miracle, dans cette petite vie ténue, ce petit fil, petit mais solide, que Dieu nous offre, jour après jour.
Le femme essayait de voir l’avenir à long terme, de faire des plans et rien n’en sortait d’autre que la mort.

Dieu propose de voir la vie au jour le jour, de profiter chaque jour d’être vivant.

Le Dieu d’Israël vient se préoccuper d’une pauvre veuve étrangère et non juive, et de son fils. C’est même grâce à elle qu’il entend gagner la lutte qui l’oppose à Baal et montrer sa supériorité.
Sa supériorité c’est d’avoir amené cette femme qui était le manque personnifié, à un geste de don gratuit, sans attendre aucun retour.
Elle donne sa dernière galette, la dernière de sa vie, au premier prophète venu.
Oui, Dieu peut, malgré nous, malgré ce que nous sommes, nous conduire à des gestes de pure bénédiction.
Dieu aussi aura son geste de bénédiction, pour ce pays étranger aux mœurs idolâtres : il enverra la pluie pour mettre fin à la sécheresse et à la famine.

Le Dieu d’Israël n’est pas le Dieu d’Israël, je veux dire le dieu de son propre peuple. Il est avant tout le Dieu des autres.
D’ailleurs le nom même d’Elie le prophète nous met sur la piste. Elie, en hébreu ELiYaHou : « mon dieu est Yhwh ». Avec pour dire « dieu », le vieux terme El, nom du dieu créateur dans le panthéon cananéen, le dieu qui siège au-dessus de Baal.

L’Ancien Testament relate largement les luttes entre le Dieu d’Israël et Baal, présenté comme un dieu concurrent à combattre car il risque d’emporter l’adhésion du peuple d’Israël, ou bien il l’emporte déjà, sinon pourquoi le combattre ?
Pour autant, le dieu El, lui, n’est pas vécu comme un danger. Au contraire, il semble avoir été assimilé au Dieu d’Israël, à l’instar de son nom, El, intégré dans l’une des appellations les plus courantes du Dieu d’Israël : Elohim.

Quelle leçon pour nous !

Souvent notre inclination naturelle nous porte vers ceux qui nous ressemblent, ceux en qui nous reconnaissons notre propre histoire, nos propres valeurs ! Sans nous l’avouer, nous recherchons une certaine pureté.
Mais Dieu est lui-même un dieu composite, subtil amalgame des divinités qui l’ont précédé ou accompagné au fil de l’histoire des êtres humains.

La femme accepte la première demande d’Elie : de l’eau. C’est à la deuxième demande que la femme rechigne. Trop c’est trop.

La réponse d’Élie : « N’aie pas peur ».

« N’aie pas peur » ou « n’ayez pas peur » : en allant vite, j’en ai compté plus d’une soixantaine dans l’Ancien Testament.
Abraham, Isaac et Jacob, entre beaucoup d’autres, sont destinataires de cette exhortation.
Dans le Nouveau Testament, c’est aux oreilles de Zacharie, de Marie et de Joseph, qu’elle retentit pour préparer l’arrivée de Jésus.
Puis Jésus l’adresse aux disciples à plusieurs reprise, au chef de la synagogue dont la fille est mourante, à Paul dans sa vision.
C’est aussi cette phrase que les femmes et les disciples vont entendre dans la sidération consécutive à la mort ou à la résurrection de Jésus.

Aujourd’hui cette phrase est pour nous : N’aie pas peur !
Rentre chez toi.
Fais comme tu as dit, comme tu as l’habitude.

Mais n’aie pas peur.

Amen


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