Vidéo du culte du 28 novembre : Où trouverons-nous de quoi nous nous nourrir ?

Évangile de Jean chapitre 6, versets 1 à 13 :
Après cela, Jésus s’en alla sur l’autre rive de la mer de Galilée, la mer de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle voyait les signes qu’il produisait sur les malades. Jésus monta sur la montagne ; là, il s’assit avec ses disciples.
Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux et vit qu’une grande foule venait à lui ; il dit à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? ». Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu. »
Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : « Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? »
Jésus dit : « Faites installer ces gens. » Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’installèrent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même pour les poissons, autant qu’ils en voulurent. Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde. » Ils les ramassèrent donc ; ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge qui restaient à ceux qui avaient mangé.

Prédication par la pasteure Marie-Pierre Cournot :
Vous l’imaginez comment cette scène, plutôt célèbre, que l’on appelle souvent la multiplication des pains ? Essayons de planter le décor.
Le début de notre récit comporte plusieurs précisions géographiques et temporelles qui ne permettent cependant pas de localiser ou de dater la scène.
Cela commence par « après cela », mais la scène précédente se passe à Jérusalem alors que là nous sommes sur la mer de Galilée à l’autre bout du pays. Nous sommes même sur « l’autre rive de la mer de Galilée », mais l’autre rive, quelle autre ?
Si la référence c’est la ville de Capharnaüm où Jésus a beaucoup d’activités, alors nous sommes sur la rive d’en face, à l’est, en pays païen. Cela me plait de penser que les foules qui ont suivi Jésus sont des foules païennes, intriguées par toutes les guérisons qu’il accomplissait. Cela me plait de penser que Jésus a multiplié les pains et les poissons pour des étrangers païens.
Mais rien ne le dit explicitement, si ce n’est cette drôle de précision géographique, « sur l’autre rive ».

Si l’on considère que Jésus a dû traverser la mer de Galilée pour arriver « sur l’autre rive », alors il est un « traversant », c’est-à-dire un hébreu puisque « traverser », c’est le sens de « hébreu » en hébreu. Jésus, c’est celui qui traverse, toutes les frontières, géographiques, temporelles, humaines, secrètes.
Il fait sauter les séparations, les mises à part.
Avec lui, plus aucun mur ne tient debout, les clivages s’effondrent.
Tous nos isolements intérieurs se fissurent pour libérer ce qui était contraint.

Et quelle est cette montagne sur laquelle Jésus monte ?
Essaie-t-il de se rapprocher de Dieu comme Moïse le faisait au désert en montant sur le mont Sinaï aussi appelé Horeb ? De même que cette montagne aux deux noms était le lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, celle où Jésus va être rattrapé par une grande foule est-elle le signe que Jésus peut être rejoint partout ? Et par tous, par toutes.
Si même « une grande foule », ce conglomérat vague dont les déplacements sont difficiles et pleins de turbulences, arrive à atteindre Jésus sur la montagne, alors, rien ne peut nous en empêcher.
Où que Jésus soit, et honnêtement je ne saurais pas dire où il est, il est proche de vous, de nous.

La grande foule vient à cause des signes réalisés sur les malades par Jésus, c’est-à-dire des guérisons. Les gens veulent être guéris, mais ils seront nourris.
Une façon de les guérir de leur faim de guérisons et de miracles, par un don, un partage, d’un autre ordre.
Car la question inaugurale de Jésus, celle qui situe bien l’enjeu, ce n’est pas « comment allons-nous faire pour nourrir la foule ? », ni « comment allons-nous payer les pains ? », ni même « combien en faudra-t-il ? », ou « combien cela coûtera-t-il ? ».
La question de Jésus c’est : « où allons-nous trouver le pain ? »
Où ?
Car bien de l’origine de ce pain dont qu’il est question dans ce récit.
Où trouvera-t-on de quoi satisfaire cette foule, toutes ces personnes, assoiffées de réponses ?

Philippe est complètement à côté de la plaque, aveuglé par le seul problème qu’il voit, lui qui répond combien à la question où ? Cette réponse comptable est une voie sans issue, ce sera de toute façon trop cher. Philippe baisse les bras, sans penser qu’il pourrait faire appel à une force que rien n’arrête et qui surpasse les logiques comptables.
André ce n’est pas tellement mieux, il cherche désespérément une solution pragmatique. Il trouve 5 pains et 2 poissons, vraiment pas de quoi nourrir une foule.
Tous les deux s’avouent vaincus.

On a tous un Philippe ou un André en nous qui font qu’on aborde les problèmes avec une vision rationnelle qui souvent nous conduit à l’impuissance.
Alors faisons comme Jésus, changeons de question !
Ni combien, ni comment, mais où ?
Où se trouve notre soutien ?
Où se trouve ce que nous pourrons partager pour vivre ?
Dans la parole que Dieu nous adresse. Dans cette parole de liberté et d’élection, qui nous dit que nous sommes choisis, chacun, chacune.
Appelés par notre nom.

Quand Jésus prend la parole il dit : « Faites installer ces gens ».
Il n’y a plus de foules, génériques et indifférenciées, mais des gens, que l’on peut même compter individuellement, « environ cinq mille hommes ».
Je sais, on ne compte que les hommes, pas les femmes, mais on ne peut pas demander à un texte écrit il y a plus de deux mille ans d’avoir les mêmes exigences qu’aujourd’hui, fussent-elles justes.

Alors pourquoi le pain ?
Le pain c’est souvent une représentation du travail des êtres humains. Il faut beaucoup de travail, de temps, de personnes différentes pour faire du pain. La terre labourée, le grain planté, moissonné, moulu. La farine pétrie, le four alimenté de bois coupé. Le pain, c’est de nos jours le signe d’une organisation du travail assez élaborée.
Et dans une partie du monde, qu’il soit levé ou sous forme de galettes, à base de blé, d’orge, de sarrasin, de maïs ou autre, il est la base de l’alimentation.
Oui, le pain c’est la nourriture. En hébreu le mot veut dire pain, nourriture, parfois viande, sens qu’il a en arabe, langue sémitique proche de l’hébreu.
Le pain c’est la nourriture qui donne des force, qui rassasie.
Mais c’est aussi bien sûr l’autre nourriture. Celle qui nourrit aussi mais pas par l’estomac. Par le cœur, l’esprit, l’âme.
Et oui, nous ne sommes pas que des tubes digestifs.

Et cette autre nourriture d’où vient-elle ?
Car à mettre en avant tout ce que le pain représente de la valeur ajoutée humaine, on en oublie son origine divine. Et oui, dans les temps anciens, la fabrication du pain est une succession de mystères.
Pourquoi et comment le grain mis en terre germe-t-il ?
Certainement ce grain, déposé dans la terre, qui n’est à l’époque rien moins que le monde des morts, ne peut que mourir lui-même.
À partir de ce grain venu mourir dans leur territoire, les morts et le divin permettent comme par une sorte de résurrection, à un épi de pousser.
Il y a là à la fois du sacré et du tabou, mélange caractéristique du divin qui s’entremêle avec le domaine de la mort.
Dans la pâte qui lève, un miracle aussi.
Depuis qu’il existe, le pain dit son origine divine, il répond à ce « où ? » de Jésus qui vient interroger nos capacités à compter sur des forces extérieures, sur la grâce de Dieu qui libère la vie qui est en nous.
D’ailleurs dans notre récit il y a cette mention : « La Pâque, la fête des juifs était proche. »
Est-ce à dire que le repas partagé qui va suivre fait partie de la fête de la Pâque et rappelle l’acte libérateur de Dieu délivrant les Hébreux du joug du Pharaon ? 
En tout cas dans la suite du chapitre, les références à la sortie d’Égypte sont nombreuses et viennent appuyer cette thèse.
Le récit de la multiplication des pains renvoie loin dans l’histoire des relations entre Dieu et les humains.
Ce pain est le souvenir de moments de grâce où le pain offert par Dieu a apporté la vie, est devenu espérance, « pain de vie » comme dira Jésus en parlant de lui-même un peu plus loin dans l’évangile de Jean.
On pense à la manne, nourriture littéralement tombée du ciel dans le désert, on pense aux galettes de la veuve de Sarepta qui se renouvellent jour après jour grâce à la farine et l’huile dont le niveau dans la jarre ne diminue pas (on en a parlé il y a 15 jours), et bien d’autres récits où le pain est le lieu de la manifestation de Dieu.

Dieu parle à travers ce pain. Mais ce pain de vie est aussi celui du partage.
Si les foules étaient aussi nombreuses, environ cinq mille hommes, on imagine mal Jésus distribuer lui-même le pain et le poisson à chaque personne. Forcément ils se les sont distribués entre eux.
Un partage rendu possible parce que c’est Dieu qui donne. Chacun a d’abord reçu ce don de Dieu et l’a lui-même donné à quelqu’un d’autre qui l’ayant reçu va de nouveau le faire circuler.
Parce que ce que je reçois n’est pas à moi, je peux le partager, je dois le partager, c’est ainsi que ce cadeau qui m’est donné prend de la valeur pour moi, qu’il se transforme en pain de vie.

En participant à la diffusion de la bénédiction divine, je m’y incorpore.
Grâce au pain partagé qui me relie à mon voisin, j’intègre le monde de Dieu, je le rencontre.
Dieu me parle à travers ce pain.
Sa parole circule.

Amen

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