Revoir le culte du 19 décembre : qu’est-ce qui compte le plus pour vous ?

Prédication par la pasteure Marie-Pierre Cournot :
Et si on nous posait la question, qu’est-ce qui compte le plus pour vous ?
Pas facile.

Tout d’abord, quelques mots du contexte de ce passage biblique.
Les Pharisiens dont il est question ici, sont des juristes dirions-nous de nous jours. Celui qui va interroger Jésus et qui est présenté comme un spécialiste de la loi, donc être un expert probablement ! La loi à l’époque dans ce milieu juif, c’est la loi que Dieu a donné à Moïse, la torah. C’est elle qui régit tous les aspects de la vie.
Nous sommes dans la deuxième partie de l’évangile de Matthieu, au chapitre 22 sur 28, les opposants à Jésus se font de plus en plus pressants, les confrontations s’intensifient.
Dans le passage précédent, Jésus était dans une discussion tendue avec les Saducéens, un des partis au pouvoir dans le judaïsme de l’époque. Ils s’affrontaient sur la résurrection des morts et Jésus clôt la discussion en affirmant que Dieu « n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants[1] ». Il leur a cloué le bec, et c’est maintenant les pharisiens qui montent au créneau.
La question qui est posée à Jésus, c’est « quel est le plus grand commandement de la loi ? ».
C’est une question piège puisque la torah dit explicitement que tous les commandements se valent, chacun a la même valeur, et il y en a 613 !
Et c’est une question très importante puisque le Judaïsme est fondé sur l’observance de la loi.
Essayons de transposer cette question au Christianisme. Le Christianisme ne se fonde pas sur l’observance de la loi mais sur la foi. On pourrait donc traduire cette question par : Quelle est la chose la plus importante en laquelle vous croyez ? Qu’est-ce qui compte le plus pour vous ? Quelle est votre valeur essentielle ?
Pas facile !
Je pourrais vous proposer l’amitié : se savoir entouré, compter pour les autres, ne pas se sentir jugé. Mais tout cela vaut aussi pour l’amour ou le couple : être dans une relation équilibrée et respectueuse.
On peut aussi penser à la famille : faire partie d’une tribu, d’un groupe qui partage les mêmes valeurs, les mêmes idées, parfois le même nom ou la même religion.
Ou bien les enfants. Il est commun de dire de ses enfants que c’est ce que l’on a fait de mieux.
N’oublions pas que cela veut aussi dire que nous sommes chacun d’entre nous ce que quelqu’un et quelqu’une ont fait de mieux. Les enfants c’est aussi la transmission. S’inscrire dans la grande lignée humaine, qui fait que nous sommes toujours précédés et suivis par un autre, par une autre.
Il y a aussi, comme grande valeur, le travail : servir à quelque chose, se rendre utile, mais aussi gagner de l’argent pour assurer à soi et sa famille une vie digne et heureuse.
Et nous n’oublions pas : vivre en harmonie avec notre environnement, cette planète qui nous accueille, c’est aussi une valeur qui peut motiver toute une vie.
Tout ça est assez théorique, ce n’est pas toujours aussi merveilleux dans la vie réelle.
Je n’ai balayé que les réponses les plus classiques, mais chacun a ses propres pistes lovées dans son cœur.

Et donc qu’est-ce qui compte le plus pour vous ?
Quelle est la chose la plus importante en laquelle vous croyez ?

Jésus a sorti un joker pour répondre à cette question du commandement unique, il a choisi deux commandements et pas un seul. Disons qu’on peut faire pareil et penser aux deux choses les plus importantes.

Pour Jésus, le plus important, c’est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Aimer Dieu et aimer les êtres humains.
On ne sait plus si c’est un seul ou deux commandements. Jésus, fait un tour de passe-passe avec les mathématiques, puisqu’avec lui, un plus un égale un. C’est peut-être les deux faces d’un même commandement. Deux faces différentes, comme avec une pièce de monnaie où on ne peut jamais voir les deux en même temps. Mais on ne peut pas non plus avoir des pièces à une seule face, l’une ne va pas sans l’autre.
Aucun de nous ne peut espérer remplir l’un de ces deux commandements sans se préoccuper de l’autre.
Aimer Dieu et aimer les êtres humains.

Aimer Dieu ne va pas sans prendre en compte qu’il est allé jusqu’à se compromettre en se coulant dans une enveloppe humaine, Jésus. On ne peut pas faire abstraction de cet abaissement considérable que Dieu a consenti pour nous rejoindre. On ne peut pas l’aimer comme s’il était une pure divinité et le couper ainsi de son enracinement humain qui le redessine et nous engage, nous, tous les habitants de la terre, dans sont projet.
Je dis qui le redessine, car c’est un Dieu nouveau qui se dévoile dans cette alliance d’un genre nouveau. Par son incarnation humaine, il est devenu totalement présent à nous, et nous devenus totalement présents à lui et à cette humanité qu’il habite.

Aimer les êtres humains est à mon sens une façon de dire l’existence de quelque chose qui nous dépasse infiniment, qu’on appelle Dieu – on peut aussi l’appeler autrement, si on préfère.
Maurice Zundel parle très bien de la libération que la relation avec un prochain rend possible et comme elle est un chemin vers Dieu. Maurice Zundel est un prêtre catholique suisse, grand théologien qui a une conception de la relation à Dieu, et même de l’Église, assez proches du protestantisme. Il est mort en 1975. Il dit : « Dans l’homme, ce qu’il y a de plus précieux est constitué par une relation. Cette relation qui fait qu’un homme n’est plus clôturé, enfermé en lui-même, mais que toute sa vie est un mouvement vers un autre, et finalement vers l’Autre majuscule, qui est le Dieu Vivant[2] »
Il dit également : « Ce que nous cherchons dans les êtres que nous aimons, c’est une révélation de l’infini, c’est Dieu[3] ».
Cette « révélation de l’infini », c’est l’expérience de l’éternité. Quelque chose qui durera au-delà de nous, de notre vie terrestre et humaine et qui n’est possible que si nous nous vidons d’abord de nous-mêmes pour nous laisser remplir par le jaillissement de Dieu. Dieu n’est pas loin il est là, tapis en nous, prêt à développer toute sa puissance pour peu que nous lui laissions la place.
En nous vidant de nous-mêmes, nous laissons la place au prochain, celui qui vient nous emplir et que nous aimons comme s’il était nous.
Mais parce qu’il est nous.
Ce n’est que grâce à lui que nous devenons un être de relation, un être humain en somme.
C’est lui, le prochain, l’autre, c’est lui qui nous fait advenir nous-même.

Et c’est sûrement cela que nous recherchons dans l’amitié, l’amour, le couple, la famille, les enfants. Mais aussi dans le travail et même la sécurité pour nous et les autres que permet l’argent. Et pour ceux et celles qui placent l’enjeu environnemental au-dessus du reste, c’est également cette préoccupation primordiale qui en fait des êtres vivants et des êtres reliés à une immensité qui les dépasse et les relie tous.

Qu’est-ce qui compte le plus pour vous ?
L’amitié, l’amour, le couple, la famille, les enfants, le travail, l’argent, la planète, l’art, la beauté, la santé, l’altruisme, la solidarité et pourquoi pas … la politique ! (J’ai allongé la liste)
En cette période de vœux, c’est le moment de se poser la question pour nous et pour résoudre ce casse-tête annuel de savoir ce que l’on souhaite à notre prochain !

Je vous souhaite à tous et toutes, beaucoup d’amitié, d’amour, une belle famille, des enfants, un travail, de l’argent, beaucoup de beauté autour de vous, une générosité qui vous porte vers autrui, la santé bien sûr …
Mais tout cela ne doit pas nous enfermer dans une idée toute faite du bonheur ou de notre vocation.
Puisque l’enjeu c’est de nous vider de nous-mêmes pour nous remplir de Dieu et des autres, nous devons aussi nous vider de nos aspirations, qui pourraient n’être que des objectifs contre lesquels nous venons buter, ou des cocons qui nous tiennent à l’abri du Dieu vivant.
Je ne dis pas qu’il faut quitter sa famille, ses amis, son travail, ni changer de valeurs !
Mais qu’il faut les replacer à leur juste place.
Tout ce que j’ai cité, et vous y rajouterez ce que vous voulez, sont des très bons moyens d’être heureux si cela ne nous fait pas perdre de vue que ce qui nous rend humain, c’est ce Dieu qui s’est comme déshabillé de tout pour se revêtir de notre peau qui devient alors un bien infini et éternel mis en commun.

Amen






[1] Matthieu 22,32

[2] Maurice Zundel, Je parlerai à ton cœur, p. 143.

[3] Maurice Zundel, Recherche du Dieu inconnu, p. 30.

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